
Les reflets d’une histoire, jamais n’offrent cette sensation de continuité que l’on ressent dans le vécu des jours ; les reflets se glissent au creux du front, loin derrière le regard, comme un cœur palpitant qui zoomerait la mémoire. La tendresse afflue sous tant d’images des hier lointains, disparus en apparence et pourtant toujours furtivement, présents.
C’est ainsi qu’ELLE s’apparaît…sur un aspect passé participant du présent…quelques notes sur une portée musicale, sans l’oubli des silences ; quelques notes, diffusées en gouttes de couleurs et de sons, imagerie à puissance variable, évolutive, légère ou dense, à la ressemblance du réel…
… et la voici, fluette, longue… « mollets de Coq » la surnommait son père… mais déjà sous l’œil frontal se présente la noce étrange des grands-parents. Ils semblent heureux, entourés de deux témoins ; la petite ELLE les accompagne, sourire déployé jusque l’arcade soyeuse de ses sourcils. Emotion inénarrable, dans sa jolie robe lavande… Exceptionnelle demoiselle d’honneur », lui a dit sa grand-mère.
L’attente s’allonge sur ses minutes intarissables, ELLE, s’impatiente, se pose ici, se pose là, se tourne et se retourne tel un chaton aux aguets prêt à sauter sur une ombre. Elle s’impatiente avec au regard un désespoir inquisiteur qui gomme le sourire de l’instant précédent.
Un hoquet étranglé de larmes se fait entendre et laisse jaillir presque en un cri de rage, un péremptoire… Je veux me marier !
Geste tendre, en espoir d’apaisement, le témoin de la future mariée se voit lancer un regard d’une fureur assassine ; au-delà de l’arcade que n’abrite plus la joie, un orage se dessine et trace une ride sévère au front d’ELLE, qui s’écrie :
« Tatie prend un autre grand-père…c’est que « le mien » m’attend, là, derrière la grande porte. »
Un vent glacé se plaque aux visages des futurs époux sur une seconde qui s’éternise, puis se rompt en éclats de rire.
Sourires douceur, caresses lentes et chaleureuses, ELLE s’accroupie, sa jolie robe enserrant ses genoux, tête baissée, elle boude un tantinet.
La grande porte de la salle des mariages s’ouvre enfin, une femme enjoint à tous de s’avancer. ELLE se lève, s’élance, agrippe la main de Tatie… son regard s’éclaire, elle le sait, elle le sent, son papy Marc est là, il l’attend… et Tatie deviendra « sa » demoiselle d’honneur…
L’œuvre mouvante et expressive des émotions insolites de l’enfant, modifie à nouveau son regard. Les yeux, comme voilés, s’assombrissent.
Un reflet d’inquiétude frise d’un tremblement la paupière. Tandis que s’écoule en un murmure inaudible à la petite fille, le discours que marmonne l’homme à l’écharpe, ELLE cherche et ne trouve pas l’Amour de sa vie, ne voit plus, n’entraperçoit plus le visage du grand-père bien aimé.
Soudain, comme un cabri se libérant de la corde qui le tenait prisonnier, ELLE s’échappe de la chaise où l’on avait assise, la sermonnant en réclamation de sagesse.
ELLE, s’élance au devant du maire, puis comme sidérée, quasiment tétanisée, fixe l’homme ébaubi qui s’essaie un visage amusé.
Irrationnel instant… l’enfant entonne, d’une voix gracile cependant claironnante, une suite chantante de Oui, oui, oui, déclaration inattendue assortie d’un franc sourire sous les deux magnifiques yeux brun vert étincelants de bonheur.
C’est un véritable chant d’allégresse, pétrifiant de surprise l’assemblée spectatrice qui, finalement, s’esclaffe.
Les fous rires dans la salle ne la dérangent pas.
ELLE murmure, se dessinant un petit air patelin… mon bien aimé est là… je le savais, je le savais bien ! Puis elle retourne s’asseoir, paisiblement, laissant la cérémonie suivre son cours.
Aucune des personnes présentes, grands parents, témoins, maire ou adjointe n’ont véritablement perçu ce qui se manifestait dans le cœur esprit de la petite fille. Le temps, ce monde, en lequel toutes les sensations s’objectivent, leur avait dérobé la réalité.
L’espace du cœur se révèle d’une telle vastitude que seul, un enfant ne s’effraie pas, ose y poser un regard sans crainte et l’ouvre ainsi aux possibles de l’attention seconde.
Méfions-nous de l’eau qui dort, annonce un ancien dicton… la grand-mère aurait du s’en souvenir. L’étrange petite fille est coutumière des rêves éveillés qui traversent son vivre.
Au lendemain de ses noces subtiles, ELLE, se traîne, descend péniblement de sa chambre, ses longues jambes, atrocement cotonneuses lui font mal. Tatie découvre le malaise au visage pâle de l’enfant, gravit rapidement les marches, juste à temps pour maintenir de ses bras la petite fille qu’une toux rugueuse déséquilibre.
ELLE, brûlante de fièvre semble épuisée. Son regard s’embrume, elle ne supporte plus la lumière, un nouvel accès de toux l’évanouit…
Ce n’est que la rougeole, a dit le médecin.
… Le corps, cet étrange et extraordinaire automate, ne sait encore que répondre en douleurs et souffrances, aux assauts de l’irrationnel…
dimanche 18 mai 2008
ELLE (3)
jeudi 15 mai 2008
mardi 13 mai 2008
ECHO...
Poème d’une essentielle Amie, NATHYE
Ah! L’indispensable joute, le drôle de combat
Pour que la lueur ne délaisse pas ce corps blessé!
Et quelle énergie faut-il déployer encore pour laisser aller
La vie là où elle doit œuvrer sitôt.
Ici je meurs,
Et ici je nais spontanément hors des temps,
Sans mémoire, tout m’est parfaitement connu, gravé au fer de vent.
Et je ne sais rien, rien de cette inconnaissance sensible,
Tout de l’esprit et de la lettre,
Et la découverte est au détour d’une couverture d’instant,
S’étire comme un écheveau de soie.
Ici je meurs, et nais à la fois, particule à l’infini,
Forme force sans structure vraiment
En deçà ou au delà de tout ordre, de toute suite orchestrable.
Rien pour se raccrocher à un quelconque réel,
Sinon à la perception imminente
Qui sans cesse se meurt.
Seules la paix et l’innommable douceur de l’accueil de la vie en soi
De la mort en soi
Dans l’imminence des naissances joyeuses
Trouvent grâce à la conscience en éveil.
De cette tragédie du furtif instant, de l’existence en pointillés de craie
Naît un fil, une trame.
La trame de fil vital,
Et en elle la flamme qui jaillit petite sous la braise,
Le souffle qui redonne vie au naufragé,
La lumière qui respire à la cinquième heure
Cette trame est
Abandon.
dimanche 11 mai 2008
ELLE (2)

Dans le déroulé d’un regard sur le passé, se dessinent des gestes d’écriture, des lettres qu’ELLE destinait alors à ses parents, à ses enfants, à ses amis. Le geste s’était interrompu, les lettres n’ont pas été transmises. Le possible « dire » n’a pas percuté l’instant, s’est embrouillé dans la pensée du « le puis-je ? », s’est dilué dans la rumeur du « est-ce que je dois » et s’est finalement éteint sans préserver une once d’ardeur suffisante à ranimer la parole sur un instant second.
ELLE, est restée secrète sinon muette.
ELLE, ne connaît pas le regret, toutefois, ce regard du jour posé sur hier lui dévoile quelques actes manqués. Des instants de partage abandonnés au fil du courant dont elle a gardé la trace. Telle la braise, la mémoire, miraculeuse gardienne du verbe égaré dans les non-dits, s’est postée comme en attente de déceler l’instant qui permettrait le retour de la parole.
Un retour de parole non asservi à quelque explication comportementale mais un simple dire, un mot sourire qui assouplissant les lèvres déplisse le regard et ouvre largement les quatre portes en vis-à-vis. Comme hier… avant-hier…
« … Allons, parlons, entre « quat’zyeux » disait souvent sa grand-mère maternelle lorsqu’elle ressentait les peines, les douleurs, les interrogations de la petite fille devant l’âpreté de la langue adulte.
« Tati », la grand-mère ainsi surnommée par emprunt aux petits cousins qui partageaient avec ELLE l’amour fort et simple de cette ardente femme aux yeux d’amande douce, trop brièvement maintenue près des siens dans le monde... Le départ de « Tati » - si rapidement, si furtivement, dépossédé elle-même de son compagnon ce transmetteur fervent d’amour nourricier - ne choqua pas la petite fille.
ELLE, ne pleura pas, ses yeux s’élargirent encore.
Le grand père, visionnaire du regard aigu de sa petite fille lui avait appris à déchiffrer les mots écrits, à les dire, à les entendre, à les réciter, les comprendre.
Cette présence, si intense, pourtant toujours en partance, toujours en route pour quelque lieu de représentation procurant l’alimentaire, avait appris à la toute petite enfant que les mots ne sont là que pour tenter de décrire une image, une fonction, un rôle, un état d’apparence.
Les mots ne sont pas les choses, lui murmurait-il. « Regarde la pendule, entends le carillon, observe son mécanisme cranté, il découpe, il scande, il note, il dessine le temps … et ne représente que le temps qui passe ; le temps est comme un pas, comme lorsque tu danses. »
Bien sûr, les mots de l’époque, la langue du grand père, s’étaient adaptés à l’écoute de l’enfant mais la transmission du sens de la Vie, fut un acte parfait.
Ces deux êtres là, la grand-mère et le grand-père, se sont mis en quatre pour couvrir l’enfant d’un manteau de clarté qui déjà lui faisait dénoncer la réalité de la mort et lui donnait à connaître que la disparition du corps n’est que l’indice d’une libération, le saut d’une étincelle, le voyage de la conscience vers d’autres espaces. La transmission du grand-père n’émanait pas d’une quelconque religion, ces deux êtres avaient épargnés à l’enfant la terrible charge des croyances béquilles. Le départ simultané de ces nourriciers allait la poster au seuil de la liberté d’être. Bien sûr, ELLE, ne le « savait » pas … la connaissance n’est pas contenu dans le savoir.
La liberté d’être … être, être libre … ? Les couleurs du temps transposent l’acte et le rende indiscernable. Et plus encore, le rende si pratiquement indéchiffrable que la pensée égarée va se poser sur les affres de l’idée d’abandon.
Le départ du grand père avait laissé ELLE, pour encore cinq années à vivre auprès de « Tati » qui, toute emplie d’un chagrin dissimulé se laissait tomber peu à peu dans la maladie.
L’érosion du temps, l’usure de la matière se manifestait aux tréfonds de l’os. La déminéralisation minait la forme, préparait au voyage intemporel.
« Tati » eut le temps d’épouser (en secondes noces, dit-on) le grand père paternel … ELLE, vécu le mariage de la grand-mère maternelle et du grand père paternel dans la vision de toutes les circonvolutions possibles de l’attachement aux choses, aux craintes matérielles, à la sexualité, à la peur viscérale et fausse de rester, seul, sur le plancher de l’existence.
Le possible de cette union rare s’était joué, hasard étrange, dans la simultanéité du veuvage de chacun. La grand-mère paternelle, elle aussi, s’était envolée, prête pour le grand voyage.
ELLE, perçoit ici le trou de mémoire qui ne lui permet pas d’inscrire le mouvement en date exacte. Ce passé ramené au présent sur le fond d’oeil ne laisse que des images découpées, des lambeaux de sentiments au demeurant très chauds. Des jeudis-promenade, des crêpes et des madeleines au beurre, le cirque « Fanny », la Foire du Trône, les visites au Sacré Cœur …
Les visites au Sacré-Cœur …
Al contrario du grand-père maternel, cette femme avait offert le secret de sa Foi vive et bravant les interdits parentaux, avait entrepris son œuvre paradoxale : ouvrir, pour sa petite fille, un accès au mystère entraperçu du visage du Christ sur le voile présenté aux fidèles… instant crucial, soudainement accompagné de la prière énoncée d’une voix haute perchée, par une femme inconnue…
ELLE, en cet instant qui s’inscrit violemment au centre de la mémoire, est toute petite, toute petite … l’heure attend Noël, la crèche est disposée, ornée, ELLE, attend, que la grand-mère installe le petit Jésus.
Il y a la crèche … dans le Sacré-Cœur … Il y a la crèche dans le salon des grands parents paternels … Il y a papa et maman, le dîner de Noël … les verres étincelants, la nappe rutilante d’une blancheur nacrée auréolée des taches ombreuses des feuilles de houx … il y a soudain sous la paupière de la petite fille, cette femme inconnue qui prie et récite sa litanie au pied du suaire, si fort et si puissamment, que les gestes et les mots de la femme en prière se sont comme ancrée dans le front de l’enfant…
ELLE, s’agenouille en imitation, devant la crèche illuminée du salon et déverse en flot les mots déchirants de la prière, notre Père….
La vision ne lui indique pas précisément quel était son âge en cette heure fatidique où père et mère repoussent leurs chaises, se lèvent en fureur, crient et tempête à l’encontre des grands parents, surtout de la grand-mère qui pleure enserrant de ses bras la petite ELLE qui s’affole de qu’elle a bien pu dire d’aussi affreux.
Quelqu’un l’arrache des bras de sa grand-mère, l’accablant plus encore d’un péremptoire : « Vous ne la verrez plus !... »
Pétrifiée l’enfant n’est plus que regard atterré. ELLE, à l’instant de cette note découpée du temps, comprend qu’il lui faudra connaître la portée de ces mots là et découvrir ce qu’ils ne décrivent pas.
Les paroles « des grands » contiennent des mots exorbitants, qui forcent le mouvement de l’esprit et compliquent les situations dans le temps.
Ici, s’interrompt le calendrier temporel … ELLE ne sait pas, ne sait plus, si le Grand Père est là, la protégeant si tendrement de ses yeux silencieux … Ici, ELLE, voit la grand-mère paternelle surnommée « Daleine » fatiguée, ne parvenant plus à lever le bras tandis qu’elle pense et croit le maintenir fermement au-dessus de sa tête…
ELLE, voit, les regards appuyés d’apitoiements.
Puis elle rencontre l’hôpital, les enfilades de lits recueillant des femmes aux sourires tristes et éteints, et sa grand-mère presque au bout de l’allée qui la regarde sans la voir et se laisse manipuler par un homme en blouse blanche qui soulève le drap, prononce des mots destinés aux parents et ne se préoccupe pas, du geste parfait de l’aïeule qui se recouvre vivement de sa chemise de nuit pour ne pas livrer sa cruelle et maigre nudité aux yeux de l’enfant.
ELLE, a vu.
L’enfant a vu la crudité du décharnement, la violence de la toison grise du pubis, l’atermoiement supplié par le regard de la grand-mère pour que cesse la visitation du corps dans l’indifférence à l’humain.
La belle vendéenne, la frêle Daleine… s’en est allée le plus discrètement possible glissant au cœur d’ELLE, une lampe d’Aladin, la possibilité d’une quête d’absolu, et de la place pour les épousailles secondes de son compagnon de vie.
De cet homme là, de ce grand-père paternel, ELLE ne voit rien, n’a rien vu tandis qu’il se trouvait en investiture de sa parenté … sauf peut-être … qu’il était musicien … qu’il aurait aimé être musicien.
Le silence et l’absence de couleur ont-ils été réels ? Cet homme a-t-il voulu ne pas apparaître, ne pas se laisser voir, au point que le regard de son fils en fut terriblement entravé, embourbé d’incompréhensions destructrices des liens…
La succession d’actes destructeurs de la famille, mit rapidement Elle, dans la nécessité de devenir autonome et de s’interroger profondément sur la nature des relations humaines.
Au cœur de la foule de visages, parents, amis, enseignants et rencontres de l’enfance à l’adolescence et au-delà, tous prêts à vouloir catégoriser la nature d’autrui, ELLE se destinait à comprendre, sans encore le percevoir nettement, le fait incroyable mais ô combien véritable, du désir inconscient de chacun à se représenter dans le monde, munis des masques du paraître, espérant s’offrir et offrir une image que l’on puisse admirer, aimer soi-même, jusqu’à la faire admirer et aimer d’autrui…
Enorme travail que cette construction de la belle image de soi !
Tâche herculéenne révélatrice de l’illusion environnante et de la solitude de chacun…
vendredi 9 mai 2008
La Vie demeure...
Que suis-je, qui suis-je, où suis-je ?
Un mirage, une idée, un désir ?
Un rêve dans la nuit, qu’une nuit plus profonde encore, dessine, imprime, puis efface ?
Dormir… ah oui ! Dormir, sortilège exalté par l’espérance qui cherchant l’Amour ne trouve que souffrances.
Rêver, ah oui ! Rêver, sortilège gardé par l’ignorance qui, en ses faits et gestes n’accomplit de l’Amour que de piètres gémissements dont chacun, tour à tour, exécute point à point les balbutiements.
Que la mort existe afin que je meure, quittant le sommeil et sortant du rêve, sur la paume de sa main si blanche, par le souffle qui s’éteint, s’effacent tous les mirages.
Et, debout, près d’elle, enfin, en son regard fixe et clair, de la nuit, je verrais la fin.
Que la mort existe afin que je meure et ne plus représenter que l’image d’un désir, et sortir du rêve dont j’étais l’otage.
Que la mort existe afin que je naisse pour connaître l’Etre d’où je viens.
Que la mort existe pour qu’au cœur de l’instant où elle nous emporte, je reconnaisse que la Vie, demeure, éternellement…
jeudi 8 mai 2008
Dire... Ecrire

Dire, écrire… Ce que je suis Aime
Aime dire, aime écrire ;
Mais pour dire et écrire, il me faut des mots.
Des mots, mais pas n’importe lesquels.
Il me faut un verbe, un verbe qui exprime,
Une idée.
Un verbe qui pense.
Choisissons le verbe Etre…
Ô Etre, être, être…
Etrange, il ne se passe rien…
Je pose : Etre, et je vois
Quatre lettres, un point… c’est Tout.
Et voilà, je n’ai besoin de rien d’autre
Pour dire et écrire, Etre.
Mais sans doute serait-ce bien,
Sans doute serait-ce mieux, avec un Sujet !
Un sujet mais quel sujet ?
Voyons … réfléchissons… pensons !
C’est bien sûr, le sujet … c’est Moi !
C’est bien moi,
Puisque je suis le lieu où la pensée s’exalte.
C’est lorsque je pense à moi, et que je pense, et me dis
Qui suis-je, que suis-je
Que pensant à moi-sujet-du-verbe-penser
Je dis et j’écris : Je pense que Je Suis !
Je suis « je » ou bien me faut-il le suivre ?
Suivre « je » ! Me parcourir, « moi » ?
Et oui, sans aucun doute, il me faut me parcourir
Pour être ce que je suis,
Ou être ce que je pense être…
Que d’êtres, que d’êtres !
Oh là ! Cette pensée vient-elle de moi ?
Elle me fait un drôle d’effet !
Venant-de-moi, me fera-t-elle
Devenir- moi ?
Je pense que je suis moi, un jour donc,
Je serais ce que je pense.
Etrange, on dirait une loi,
Qui ressemble à une action
Une action du verbe sur le sujet…
Une action qui semble être la cause…
D’un très étrange effet…
Ah ! Etre… Etre… Etre…
mardi 6 mai 2008
ELLE (1)
Depuis de longs mois ELLE, s’interroge sur la véracité du « voir », troublée par toutes les contradictions qui se révèlent entre ce que chacun voit de soi-même ou du monde, selon ce qu’il en exprime et de ce que elle voit ou discerne.
Toutes ces contradictions entretiennent le doute et génèrent un flot ininterrompu de questionnements.
Peut-être ne se connaît-elle pas vraiment après tout !
Parfois comme désabusée par le regard qu’elle jette presque éperdument, naviguant entre ce qu’elle voit et connaît d’elle-même, souvent al contrario du regard d’autrui (mais ne serait-ce pas plutôt une absence de regard ?), ELLE rencontre l’instant de la nécessité d’un ajustement vigilant de sa vision d’elle-même, tout autant d’ailleurs, que des affaires du monde qui l’entoure.
ELLE, souhaite ardemment un regard ajusté à la vérité, à la réalité pleine et entière des choses vues et vécues. Atteindre à une réelle objectivité lui est toujours apparue comme une gageure, en ce monde où l’emprise de la sensation agréable plus que la sensibilité règne en maître à penser.
Entremêlant l’espace et le temps qui lui apparaissent ni divisibles, ni dissociables, ELLE entreprend dès lors, de passer en revue toute la vision conservée des jours passés.
Réviser ses propres atteintes subjectives, observer crûment les pensées et les gestes réactifs émotionnels auxquels elle s’est vue tant de fois psychologiquement soumise, scruter sincèrement les actes commis souvent par sujétion à l’environnement, parfois intentionnellement, sans le pouvoir cependant, de mesurer vraiment la densité, la réalité profonde de l’intention.
Trop de jours passent sans que rien ne vienne effleurer, toucher, faire croître la conscience.
N’extrapolant point encore sur le résultat des possibles découvertes, ELLE s’avise toutefois que cette recherche, volontaire, exige une discipline, une vigilance incessante, une attention sans faille des actes majeurs et mineurs qu’elle se destine à re-visionner dans le but de traquer le vrai du faux, de s’absoudre du mensonge qui sans doute se perpétue encore en elle, même aujourd’hui sur de minimes instantanés, pourtant d’importance capitale.
En première instance, l’intense vigilance du regard est requise.
Regarder … est un acte d’apparence simple sauf lorsqu’il s’agit plutôt de Voir, justement, ce que cache l’apparence et de déceler ce que l’acte de regarder en surface pourrait dévoiler en plus grande profondeur.
Voit-on toujours, réellement, ce qui est, se dit-elle, ou bien contentons-nous de regarder ce que l’on pense, ce qui revient à dire, ne nous contentons-nous pas de voir ce que nous voulons voir, faisant fi de la vérité de manière incessante ?
ELLE se souvient d’une ébauche de sa réflexion, assez vite rendue au silence, par crainte de conflits majeurs avec sa mère. Dans les faits du quotidien le pointu du regard mettant en exergue une certaine finesse de vision s’est exercé à de nombreuses reprises et si elle Voit sa génitrice, cette dernière, c’est certain, ne la Voit pas. Plus encore, le regard maternel s’auto aveugle pour conserver plus ou moins consciemment un regard agréable sur sa propre personne. Découvrir en soi des manifestations, jugées par le monde moral ou bien pensant, négatives, mauvaises ou malsaines, n’est pas facile à vivre.
Si le regard accepte certaines tendances, c’est au prix d’un mental indulgent envers soi-même et particulièrement sévère et critique envers autrui.
Conserver une bonne image de soi pour survivre psychologiquement représente, véritablement, la main- mise du mental déversé sur le regard, soumis dès lors, au paraître.
Ici, ELLE, ne pratique aucunement une critique acerbe de sa mère, simplement la flamme ardente de son Amour filial, l’enseigne ; il existe tant et tant d’individus procédant à l’identique, que la tactique mentale dont ils sont devenus les otages inconscients lui est devenue familière.
Aujourd’hui encore, à chaque apparition de cette tactique si tranquillisante pour celui qui en use sans même le deviner, ELLE, pose, simplement son regard, lucidement neutre, tranquille.
La tactique est fascinante. Ecoutant, puisque l’œil ne peut que rarement se séparer de l’oreille, elle observe avec aisance que ces êtres se sont bel et bien vus en vérité, et comment, avec une rapidité vertigineuse leur étonnante capacité mentale redresse la barre, leur permettant de trouver toutes les meilleures raisons d’avoir pensé, parlé, agi, de telles ou telles façons.
Si ELLE, croyait au Ciel à la manière de tout un chacun, elle le remercierait de ne pouvoir manifester qu’une certaine lenteur d’esprit, une lenteur bienfaisante, qui lui permet des arrêts sur images intéressants et efficaces.
Ah … La lenteur d’esprit …

